C'est un ouvrage remarquable que je découvre sur le tard : compilation de témoignages habilement mis en scène et dialogués sur la vie des communicants, des consultants, et autres prolocadres d'aujourd'hui, il est le complément indispensable à des livres tels que "La société malade de la gestion", de Vincent de Gaulejac et nombre d'autres (la liste est longue de ces ouvrages qui, pourtant, dénoncent la démence perverse actuelle du monde du travail...). Il se dévore dans l'ahurissement. Le regard et le propos sont justes, implacables. La lucidité est extrême. J'ignore s'il y a un projet de spectacle ou de film, mais on aimerait vraiment voir cela.
Tâches abrutissantes et crétines, asservissement inhumain, manipulation mentale, surveillance panoptique, exploitation forcenée, décervelage par un vocabulaire imbécile, hiérarchie haïssable et manipulatrice... le portrait de souffrance et de misère de ce qu'on appelle des cadres, mais qui ne sont que des pantins coincés dans une société décidément de pire en pire car elle gagne sur l'argent, la peur, le pseudo statut social, est proprement ahurissant.
Un reproche à cet ouvrage remarquable -qui signe bien là l'état d'une génération qui n'ose toujours pas aller sur le politique : aucune révolte n'est discernable. Le livre dit du bout des lèvres : "fuyez". Le livre n'appelle à aucune révolte collective. Le regard clinique est d'une critique assassine, mais l'individualisme qui fait partie de leur conditionnement est si fort qu'il ne permettra pas de briser le tabou d'une prise de position politique. Et en creux, c'est ce constat aussi qui terrorise : ce n'est encore pas cette génération qui remuera dans les brancards. Il en faudra beaucoup d'autres, toujours plus pour accablées, pour que le collectif revienne. Ou peut-être jamais.
Le site est à consulter, mais le forum est fermé : des crétins les ennuient sans doute. On ne sera guère étonné: les esclaves modernes sont les premiers à alimenter ce système devenu fou, et donc à se fliquer, exclure...
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